Qui se souvient des blagues belges ?

Et des blagues racistes qu’on faisait passer pour de l’humour ?

Imitations douteuses, accents grotesques, arguments poisseux : “c’est pour rire”, “on ne peut plus rien dire”.

La génération Z est arrivée avec d’autres réflexes. Plus de diversité dans le regard. Une rupture dans la conscience sociale. Une façon moins sale de poser les mots sur les gens. Cette génération a nettoyé une partie de l’air.

Elle a rendu certaines lourdeurs ringardes.

Très bien.

Et voilà, patatras, tel Zorro l’IA est arrivée, avec son algorithmie au service du management. Une machine très polie, très rapide, très rassurante, qui récupère nos vieux stéréotypes, les repasse, les parfume, les maquille, puis les ressort avec une interface douce, une phrase soignée, un score, une recommandation, un graphique et parfois même une petite icône bleue pour faire sérieux. Et elle écrit bien, reconnaissons-lui cette qualité.

Nous avons mis un demi-siècle à faire reculer certaines caricatures du langage courant. Les blagues salaces. L’humour glauque des cours de récré. Les clins d’œil entendus des comités de direction avec leurs clichés genrés. Les petites saloperies de couloir. Les phrases grasses. Les regards qui classent avant même d’écouter. Anecdotes en paquets cadeaux façon hotte du père-Noël très généreux.

Avec l’excuse de la nécessaire précipitation, nous sommes en train de tout réimporter en trois mois, dans un mouvement de panique assez splendide, poussé par les chantres des buzz-words :

“Si on s’y met pas maintenant, on va être dépassés. On est même déjà en retard”

Très bien.

Mais se mettre à quoi ? Et dépassés par qui ? En retard pour faire quoi ?

Remettons l’église au milieu du village. La mosquée au cœur de la médina. La synagogue au centre du quartier. L’agora sur la place publique.

La machine ne hait personne : elle calcule. Tout le monde l’a compris.

Corollaire, beaucoup moins regardé en face : la machine n’aime personne. Peu l’admettent.

Son langage feutré rassure. Sa profonde compréhension de nos questions nous caresse dans le sens du poil. Son ton doux la rend sympa. Elle répond comme un bon élève, un peu fayot, toujours disponible, jamais fatigué, jamais vexé.

Alors on la croit.

Un humain raciste, sexiste, narcissique ou paresseux sent mauvais. Il pue. On le repère de loin, même avec l’odorat esquinté par la COVID. On peut le reprendre. On peut le contredire. On peut sortir de la pièce.

Une IA, elle, vous sert la même soupe en grande livrée.

Même contenu foireux, parfum Chanel.